Valentine: En finir avec la violence

Valentine: En finir avec la violence

Je suis très heureuse de vous faire découvrir Valentine: maman à plein temps, journaliste de formation, passionnée par tout ce qui touche à la parentalité, et en formation permanente sur le sujet. Une véritable alliée de l’Enfance, Valentine partage depuis plusieurs années le fruit de ses recherches via son blog personnel, où elle livre des pistes de réflexion très percutantes pour aider les parents à avoir une douce relation de confiance avec leurs enfants et à rester toujours de leur côté. Pas sans erreurs, mais sans violence.

Peux-tu te présenter?

Bien sûr ! Je m’appelle Valentine et je suis la maman de trois enfants de 15, 12 et 2 ans. Journaliste de formation, j’ai mis de côté ma carrière pro à la naissance de mon grand pour m’occuper de lui à plein temps.

Je suis passionnée par tout ce qui touche à la parentalité, à l’enfance, à la psychologie (avec un gros coup de cœur pour la psychologie positive), et à l’humain en général.

L’an dernier, j’ai crée un blog et un compte Instagram afin de partager mon cheminement de maman et mes recherches autour de ces sujets.
Et à part ça, je suis une optimiste invétérée (merci maman !) et j’adore danser. Ma série préférée de tous les temps est Friends et mon film culte forcément Dirty Dancing.

Quel est ton parcours?

Après avoir été admise en Master de journalisme bilingue à Paris, j’obtiens une bourse pour étudier à l’Université de New York (NYU), l’un de mes plus grands rêves. Je pars donc faire ce Master de journalisme audiovisuel en Août 2001. 15 jours plus tard, alors que je viens de m’inscrire aux cours de danse offerts par la fac, je vois un avion percuter l’une des tours jumelles du World Trade Center. Cette année, une année où l’horreur laissera place aux plus beaux élans d’amour et de solidarité, aura bouleversé mes priorités. De retour en France, je fais quelques stages à la télévision dont un pour l’émission « Ça se discute », un autre rêve. Mais, c’est la douche froide, je suis vraiment déçue par l’envers du décor. J’ai alors eu besoin de faire une pause. Le temps de réfléchir à mon avenir, j’accepte un poste de professeur d’Anglais pendant un an. C’est alors que l’on décide avec mon chéri d’avoir notre premier enfant. A la fin de l’année scolaire, j’apprends que je suis enceinte. Et je suis la plus heureuse du monde.

Comment l’idée du blog Une vie à apprendre a-t-elle germé dans ton esprit?

L’idée a germé peu après la naissance de mon premier enfant. Mes débuts de maman ont été difficiles et douloureux et je me suis alors fait la promesse de faire mon possible pour éviter à d’autres mamans de vivre ce que j’avais vécu. De leur faciliter les chose et de leur éviter ce qui était évitable.

J’ai fait une formation de portage, commencé deux autres (sur l’allaitement et la césarienne).

Le souci, c’est que je me suis vite rendu compte que je n’allais pas être capable d’aider grand monde si je ne commençais pas par être, moi-même, la maman que je voulais être. Ces projets me mettaient beaucoup de pression, asséchaient mon réservoir de patience et m’écartaient en quelque sorte de ma priorité absolue. Accompagner mes enfants sans violence.

J’ai donc laissé tomber (temporairement) toutes mes « grands » projets afin de me concentrer sur eux et sur moi. Car, cela me demandait un énorme travail personnel d’accompagner mes enfants « autrement ». Et, arrêter complètement de crier a été l’un de mes plus gros challenges. Forward 14 ans plus tard, mon petit dernier venait de naître, la non-violence était devenue plus qu’une évidence et je n’imaginais même pas avoir pu crier un jour sur mes enfants. Je me suis dit qu’il était grand temps de tenir la promesse que je m’étais faite et de partager mon vécu et mes recherches avec d’autres parents. C’est comme ça qu’est né le blog Une Vie à Apprendre puis le compte Insta du même nom.

Pourquoi ce nom?

En fait, l’idée m’est venue quand je cherchais un nom pour un groupe local autour de l’instruction en famille, et plus particulièrement du unschooling (en très gros, on permet aux enfants d’apprendre à leur rythme en rebondissant sur leurs centres d’intérêt). Au départ, j’avais pensé à Vivre et apprendre librement. Mais une amie m’a fait remarqué que l’acronyme serait VAL, qui se trouve être aussi mon surnom! En plus, j’avais un peu de mal avec le terme de liberté qui prêtait trop souvent à confusion et mettait beaucoup de famille dans l’embarras.
Du coup, m’est venu l’idée d’Une vie à apprendre. Parce qu’on a tout à apprendre de ce bébé, de cette nouvelle vie, quand on devient parent. Parce qu’on apprend tout au long de sa vie. Et enfin, parce qu’on a qu’une vie et qu’on mérite tous d’en tirer le meilleur.

Comment définirais-tu ton type de parentalité?

Wow, c’est une grosse question. Je n’ai pas un type particulier en fait.

J’essaye d’être une maman qui reste toujours du côté de ses enfants. J’ai toujours en tête d’être leur partenaire, leur alliée. Et j’espère qu’ils me voient comme telle. J’aime l’idée d’être la facilitatrice. Avec leur papa, on est là pour leur faciliter la vie, pour les aider à appréhender le monde qui les entoure et pour rendre possible tout ce qui l’est. Je leur fais confiance et et je fais mon max pour qu’ils me fassent confiance.

Après, il faudrait surtout leur demander à eux ce qu’ils en pensent.

Peux-tu nous parler de ton cheminement vers la parentalité éclairée et de ta passion pour la psychologie positive et les neurosciences?

Quand je suis devenue maman, tout est allée de travers. J’étais plutôt confiante, je me disais que c’était naturel. En plus, j’avais toujours adoré les enfants et j’étais hyper à l’aise avec eux. Je baignais dans le cliché du bonheur absolu d’être mère. Tout allait bien se passer.

Dire que je suis tombée de haut n’est pas assez fort pour décrire ce que j’ai vécu. Les plus grandes joies (car oui le bonheur d’avoir mon fils était bien là) ont côtoyé les plus grandes peines. Je suis allée de désillusion en désillusion. De déception en déception : une césarienne injustifiée pour échec de déclenchement injustifié (je l’ai compris plus tard), des premiers jours horribles à la maternité, les pires conseils concernant l’allaitement…

Mon bébé pleurait, je n’arrivais pas à le consoler et je pleurais moi aussi.

Quand on m’a fait comprendre qu’il était temps de mettre un terme à l’allaitement car je n’avais pas assez de lait (sic!), ça m’a brisé le cœur. Et ça a été une vraie surprise car je n’avais aucune attente par rapport à cela. Je n’avais été entourée que par des bébés nourris au biberon et c’était la normalité pour moi.

Quelques jours plus tard, mon bébé, une fois de plus, pleurait avant de s’endormir et j’ai dit stop. Ça ne pouvait pas être que ça être parent, être bébé, je voulais autre chose pour moi, pour mon fils et pour son papa également.

J’ai commencé à dévorer tous les livres parlant de parentalité et de l’enfance.
Un tout petit Jouvence de Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, Pour une parentalité sans violence, a marqué le début de mon cheminement. Ce n’est que bien plus tard que j’ai découvert les neurosciences ainsi que la psychologie positive, qui ont été un super complément à tout ce que j’avais déjà pu lire, observer ou expérimenter. J’adore suivre des MOOCS dès que possible. L’un de mes préférés est celui sur La Science du Bonheur de l’Université de Berkeley.

Comment fais-tu pour cultiver l’empathie et la patience indispensables pour une parentalité sans VEO*? (je sais que tu n’aimes pas ce terme mais je vais devoir l’utiliser tout de même )

*violences éducatives dites ordinaires

C’est super gentil de t’en rappeler. Je préfère, en effet, parler de parentalité sans violence car, pour moi, les violences envers les enfants n’ont jamais été éducatives et n’auraient jamais dû être ordinaires. Ces qualificatifs tendent à minimiser la violence du parent envers son enfant.

Mais pour répondre à ta question, le plus difficile a été d’identifier les blessures de mon enfance pour ne pas les reproduire ou pour arrêter de les reproduire (je pense tout particulièrement au fait de crier). Cela a été également essentiel de revoir complètement ma vision de l’enfance, en ayant une meilleure connaissance du développement de l’enfant. C’est ce changement de regard qui a été le plus déterminant.

D’autre part, le fait que je me sois toujours sentie profondément aimée et chouchoutée par mes parents, malgré leurs erreurs (classiques pour l’époque), ainsi que par mes frères et sœur, m’a sans aucun doute facilité la tâche. Aujourd’hui, je n’ai plus besoin de prendre sur moi ou de faire des efforts pour ne plus crier et j’hallucine même d’avoir pu le faire un jour.

Quelle est ta façon de t’épanouir en tant que femme et maman?

A mon avis, les deux sont indissociables. Il n’y a pas une case femme, une case maman. C’est un tout.

Quand je suis devenue maman, cela n’a pas enlevé quelque chose à la femme que j’étais. Je ne me suis jamais inquiété d’être trop maman et pas assez femme, ou l’inverse. Pour moi, ce sont des diktats de la société qui ajoutent à la charge mentale des femmes et créent beaucoup de problèmes dans les couples.

Ce qui m’a permis de m’épanouir, c’est de créer la vie de famille, la vie tout court, que j’avais envie de vivre. Et surtout d’apprendre à profiter des moments passés avec mes enfants. De ne plus les voir comme des empêcheurs de tourner en rond. De ne plus considérer seulement le temps sans eux comme du temps pour moi. Le temps passé avec mes enfants, c’est aussi du temps pour moi. Et sans aucun doute, le plus précieux.

Cela dit, pour mon équilibre, j’avais aussi besoin faire des recherches, de découvrir, d’apprendre, de suivre mes passions. J’ai eu la chance que ma passion principale soit en lien avec l’enfance et la parentalité, ce qui m’a beaucoup aidée.

Une autre chose indispensable à mon bonheur et à ma santé mentale, ce sont mes ami(e)s et ma famille. Autant pour les papotages téléphoniques que pour les vacances ressourçantes où j’ai plus de relais pour prendre soin de mes loulous.

Sans oublier, la base, ma base : mon chéri, qui est un soutien inconditionnel et un papa exceptionnel. Pour les jeunes parents, je précise que nos débuts de parents ont été chaotiques et que j’ai souvent dû ramer pour que l’on reste en phase sur l’accompagnement de nos enfants.

Quelles sont tes activités de reconnexion en famille préférées?

En ce moment, on adore faire ce jeu, initiée par ma fille, qui est une sorte de colin-maillard mais à l’intérieur d’un élastique. Pendant longtemps, les « bagarres » sur le lit (matelas au sol) ont eu un franc succès. On aime aussi les jeux de société. En ce moment, ma fille adore le Cluedo. Et quand on voit mes parents, le rami est indétrônable. On adore aussi regarder des émissions ensemble comme « Incroyable talent » ou les vidéos de leurs youtubers préférés, comme celles de Mcfly et Carlito ou bien encore Cyprien.

D’où puises-tu ton inspiration?

Sans aucune hésitation, le site de Sandra Dodd ainsi que sa liste de discussion (qui n’existe plus) ont été ma plus grande source d’inspiration. Avant de découvrir le unschooling, je me sentais vraiment perdu. Je me souviens même avoir posté sur plusieurs groupes de discussion un message intitulé « Autorité, laxisme, respect de l’enfant, je suis perdue ».

J’avais vraiment du mal et quand j’ai découvert ce site (sandradodd.com/unschooling) remplis de témoignages de parents avec la même philosophie de vie, d’un coup tout s’est éclairé. C’est exactement la maman que je voulais être. Exactement ce que je voulais comme vie de famille. Ce que je voulais vivre avec mon chéri. Ce que je désirais plus que tout pour mes enfants.

Quel est ton livre/blog/podcast préféré du moment?

En fait, plus qu’un livre, un blog ou un podcast, ce sont les conférences en ligne autour de la parentalité qui me passionnent en ce moment, et depuis quelques années déjà. Je n’en rate pas une (enfin celles dont j’entends parler). Et je rêve de pouvoir en organiser une un jour, avec les sous-titres en Français, pour permettre aux parents qui ne maîtrisent pas l’Anglais d’avoir accès à ces ressources.

Aurais-tu un petit mot à ajouter?

Alors d’abord, un immense merci d’avoir pensé à moi pour cet interview. J’ai été hyper touchée quand tu m’as contactée.

Ensuite, à tes lecteurs, j’aimerais simplement dire qu’on ne devrait jamais s’inquiéter d’être trop gentil, patient et généreux avec ses enfants. La bienveillance engendre la bienveillance, pas la tyrannie. C’est ce que n’ont cessé de me montrer mes loulous depuis leur naissance.

Et aussi qu’un enfant fait toujours du mieux qu’il peut. Si on le considère comme «difficile», c’est seulement qu’il est en difficulté.
En gardant toujours cela à l’esprit, on évitera déjà pas mal de rapports de force et on n’en voudra pas à son enfant si certaines choses deviennent compliquées.

Toujours voir le meilleur en eux et toujours être de leur côté en somme.
Si simple mais pas si facile. Surtout au départ.



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *