Adrien: suivre la voix de son enfant intérieur

Adrien: suivre la voix de son enfant intérieur

Aujourd’hui nous retrouvons Adrien, vous le connaissez peut-être sous le pseudo Alice.In.Wondergames sur Instagram, un compte inspirant autour de la création et présentation de jeux « wonderludiques » pour enfants. Il a gentiment accepté de répondre à mes questions et de m’envoyer des photos (magnifiques!) pour illustrer l’article au vue du confinement. Voici son témoignage.

Peux-tu te présenter?

Je m’appelle Adrien, j’ai 37 ans, je vis à Lyon et surtout je suis papa d’une merveilleuse Alice qui a 2 ans et demi. Je dis « surtout » parce que devenir papa c’est -évidemment?- ce qui m’est arrivé de plus bouleversant dans ma vie, émotionnellement bien sûr, mais aussi sur le plan de la quête de sens, de la mission de vie, de l’accomplissement, en somme. Notamment parce que professionnellement, c’est pas vraiment ça : je suis dans la police scientifique, expert en traces digitales entre autres. En général, ça claque un peu dans l’esprit des gens dit comme ça, mais en fait ça fait déjà quelques années que ce que je fais ne me convient plus : pas ou plus assez stimulant intellectuellement (stimulation dont j’ai grand besoin), émotionnellement pas de la bonne façon, et spirituellement n’en parlons même pas. Je me sens contraint et brisé dans mes libertés individuelles, au propre comme au figuré : la fonction publique, et la police en particulier, en terme de liberté d’expression, d’aller et venir, ou même de choix de lieu de vie, c’est assez limité. Je suis englué dans le piège du fonctionnariat, confortable pour le salaire (et encore…), les congés et la sécurité de l’emploi, mais la vérité c’est que c’est un piège mortel puisqu’il me bouffe littéralement mon temps de vie en m’appâtant avec ce confort bien dérisoire.
Bref, depuis ces quelques années, j’ai déjà eu 2-3 idées/projets de reconversion, notamment un dans la conception de maisons écologiques qui m’a amené à vivre 6 mois fabuleux au Canada pour suivre une formation. Devenir papa il y a deux ans et demi m’a fait mettre un peu de côté les démarches concrètes pour avancer dans mon changement de vie, trop de changements d’un coup, trop d’attention à donner à cette petite humaine pour conserver l’énergie d’avancer sur autre chose, et pour le coup les avantages de mon travail, notamment la possibilité de dégager pas mal de temps libre pour elle et nous, a vraiment été profitable. Depuis quelques mois, le quotidien était plus posé, plus rythmé, plus facile, et je me suis repenché sérieusement sur ma nouvelle vie rêvée, mais la séparation d’avec la mère d’Alice il y a quelques semaines est venue remettre entre parenthèse l’urgence de ce changement. J’y reviendrai cependant, c’est une certitude.

A part ça, on essaie de vivre notre parentalité de la manière la plus bienveillante, éveillée et éclairée possible, et d’être le genre de parents qu’on aurait rêvé avoir, avec nos connaissances d’aujourd’hui évidemment: allaitement non écourté (et toujours en cours), cododo jusqu’à très récemment, portage, motricité libre, DME (*diversification alimentaire menée par l’enfant), langue des signes, anti VEO (*violences éducatives dites ordinaires). On s’intéresse de très près à l’unschooling et à l’IEF (*instruction en famille), etc. En bref, une parentalité centrée autour du respect d’Alice et de ses besoins, et je suis très fier de la manière dont on parvient à continuer de l’appliquer dans notre séparation.

Et pour les sujets plus légers (encore que): je suis passionné de jeux en tous genres, mais jeux de société et jeux de rôles essentiellement; de nature au sens large; et j’aime aussi beaucoup le sport, à pratiquer comme à regarder (même si c’est beaucoup plus rare), notamment le volley, le rugby, et l’escalade en bloc.

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Comment l’idée de ton projet Alice in Wondergames a-t-elle germé dans ton esprit?

A force de me triturer la cervelle pour savoir ce que je vais faire de ma vie, je crois !
Ce n’est pas si simple en vérité : j’ai terminé des études dans la protection de l’environnement il y a une quinzaine d’années, mais je n’ai quasiment jamais travaillé dans ce secteur, donc aujourd’hui ces études et mes diplômes, professionnellement, ne me servent plus à rien. Arrivé dans la police scientifique presque par hasard, ça fait 10 ans que je travaille et que je me spécialise là-dedans… Donc au niveau professionnel, c’est la seule chose que « je sais faire » et que je pourrais valoriser, mais je n’en ai plus envie, en tout cas pas dans les conditions où j’exerce actuellement.
En plus de ça, je me suis tellement oublié ces dernières années dans ce travail et dans mon quotidien que j’ai même beaucoup de mal à me centrer sur moi pour ressentir ce que j’aimerais faire vraiment, ce qui me fait vibrer, rêver; et qui devrait pourtant être la base de tout projet professionnel, et à plus forte raison de reconversion.
Seule certitude et objectif qui reste immuable depuis le début de la réflexion sur le sujet: pouvoir travailler à distance, de chez moi et de n’importe où dans le monde.
Et puis un jour j’ai rêvé que je créais un jeu. Cela m’était déjà arrivé 2 ou 3 fois mais là c’était la première fois que je créais un jeu pour enfant, et ça m’a un peu secoué : j’ai été incapable de me rendormir, je n’ai pas arrêté d’y penser, et ça a fini par faire un gros « tilt » ! La première passion de ma vie, c’est ma fille. La deuxième, c’est probablement les jeux. Alors c’est tellement simple : il faut que je crée des jeux pour ma fille (et donc, à priori, pour les enfants) en suivant ses centres d’intérêt, en la laissant me guider : j’assouvirai ainsi ma passion d’être avec elle, attentif à ses besoins/désirs/envies; je serai stimulé par le processus créatif de la conception de jeu; je serai amené à lire et à me renseigner sur des sujets passionnants comme
l’apprentissage des enfants, les neurosciences, la pédagogie par le jeu, la création de jeux; je pourrai enregistrer des vidéos / podcasts sur le sujet, écrire des articles, faire partager ce que j’apprendrai, etc. etc. etc.

Ça ne m’a pas lâché les jours suivants : j’ai acheté compulsivement des tas de bouquins sur ces sujets, passé des heures à me renseigner, puis je me suis un peu calmé et je me suis dit que ça faisait des années que j’avais pas été autant emballé sur un projet, et qu’il fallait vraiment que j’en fasse quelque chose. Comme la fin de l’année était proche, je me suis dit: « Allez! Lâche pas! Lance-toi un défi à toi-même: en 2020, tu crées un jeu par mois pour Alice, tu parles des lectures que tu fais dans ce cadre, et tu partages tout ça sur un réseau social pour prendre les gens à témoin et te motiver à continuer! »

Et donc me voilà ! Je me suis tenu à un jeu par mois un certain temps puis cette fréquence devenait plus frustrante à tenir qu’elle n’était motivationnelle, donc j’ai décidé de me laisser plus de temps pour creuser les jeux, les concepts, les mécaniques, etc. J’aimerais également pouvoir plus lire et partager mes lectures, mais… je suis toujours là ! Je partage tout ça sur le compte Instagram du projet, avec la rigueur et la régularité qu’il m’est possible d’y mettre, sans oublier la bienveillance et tolérance envers moi-même. Je ne sais pas où ça me mènera exactement, mais à minima: à une belle reconnexion avec moi-même et à l’émotion que procure le fait de faire vivre ses passions… avant d’en vivre tout court un jour! Ce ne sera peut-être pas à travers ce projet, mais je suis sûr que ça viendra.

Pourquoi ce nom?

Ma fille s’appelle Alice, et je veux lui proposer des jeux merveilleux alors… Voilà !
Ça fait aussi évidemment écho au titre original d’Alice au pays des merveilles – Alice’s adventures in wonderland. Même si ce n’est pas en référence à ce livre qu’elle s’appelle Alice, ça reste un livre que l’on adore. J’aime particulièrement le personnage d’Alice: rêveuse, aventureuse, curieuse, pertinente, spontanée, sachant s’affirmer, et se dressant volontiers contre l’injustice et l’arbitraire. Comme le livre, ce compte est aussi censé raconter une histoire, celle d’Alice, de notre famille un peu, l’aventure que représente ce projet, surtout. Donc un nom proche d’un récit d’aventures d’une petite fille me paraissait d’autant plus pertinent!

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Peux-tu nous parler de ton cheminement vers la parentalité consciente?

Avec plaisir, mais je crains qu’il n’y ai rien de très glorieux : globalement, tout ce qu’on mis en place avec et pour Alice, c’est grâce à mon ex-compagne, Marion, que j’y ai été sensibilisé. C’est elle qui s’est informée, qui m’a informé, c’est à elle que revient tout le mérite, et, hélas, la charge mentale afférente.
Alors après, il n’y a – heureusement – pas eu besoin de me convaincre : tout ce dont elle me parlait semblait tellement couler de source qu’il n’y a même pas eu débat, et j’y ai adhéré avec bonheur et plaisir. Il faut dire qu’on partait sur des bonnes bases communes sur la conception globale d’une parentalité centrée autour des besoins et du respect de l’enfant. Mais j’étais loin d’imaginer tous les domaines dans lesquels ça pouvait se matérialiser. Depuis je tâche de rattraper mon retard, et d’être un peu plus moteur, notamment avec des podcasts sur les masculinités, le féminisme, et d’autres sujets sur lesquels il me reste encore beaucoup à apprendre mais que j’estime essentiels à une parentalité consciente, pour faire très attention à ce que je transmets à ma fille, par mes actes, pensées, réflexions, consciemment ou inconsciemment… Et sinon je me base aussi sur des vidéos, l’étude des travaux de spécialistes sur des sujets qui me touchent… Mais Marion a encore bien souvent un bon train d’avance sur moi, sauf peut-être… sur le jeu!

As-tu un souvenir fort du parentage proximal à partager avec nous?

Alors je ne sais pas si c’est lié au parentage proximal mais je trouve qu’elle est déjà dotée d’une très grande empathie: en fin d’hiver dernier nous étions en vacances au ski et lors d’une sortie à pied nous avons eu l’occasion de prendre un remonte pente en tapi roulant, dans un tunnel, prévu pour accueillir des piétons et des skieurs. J’avais Alice dans les bras, et au moment où on allait s’engager sur le tapis un skieur tombe dans le tunnel quelques mètres devant nous. Évidemment, je m’arrête avant de m’engager sur le tapis, et lui entre l’équipement de ski, le tapis qui continue de rouler, et l’étroitesse liée au tunnel, il galère un peu à se relever… Comme j’ai Alice dans les bras, je ne peux pas vraiment l’aider, alors je lui demande si ça va, et Marion derrière moi lui demande s’il a besoin d’aide et il répond gentiment que tout va bien et qu’il va y arriver, pestant un peu contre son inattention. Puis il se relève, tout va bien, et on continue… Et plusieurs jours plus tard, rentrés des vacances, à la fin d’un repas, Alice nous reparle de cette anecdote, avec ses mots, nous explique que le monsieur était tombé, mais il y avait manifestement quelque chose d’autre qui la travaillait. Et il nous a fallu un moment pour saisir qu’elle ne comprenait pas pourquoi on ne l’avait pas aidé! Alors on lui a posément expliqué que ça n’avait pas l’air grave, que j’avais demandé au monsieur s’il allait bien pour être sûr, et que Marion lui avait demandé s’il avait besoin d’aide mais qu’il avait refusé. Et elle a répété en boucle pendant presque 10 minutes l’histoire, ce qu’on avait fait et dit, limite comme un mantra, comme pour exorciser ce souvenir visiblement marquant et incompréhensible pour elle. C’est l’anecdote récente à laquelle m’a fait penser ta question, mais en réalité c’est presque difficile d’y répondre: j’ai l’impression que c’est tellement notre quotidien, et tout ce qu’on vit avec Alice me semble tellement normal que je ne saurais pas trouver une anecdote ou un souvenir fort qui sorte vraiment du lot… Pour l’instant je suis surtout heureux de voir à quel point elle a confiance en nous et comme nous sommes sur un pied d’égalité Marion et moi quand il s’agit d’être là pour elle, de la consoler, etc. Elle sait parfaitement exprimer ses besoins, quand quelque chose la contrarie, lui fait peur. Elle me rappelle même à l’ordre de temps en temps, quand je lui dis qu’il va falloir arrêter ce qu’elle est en train de faire pour s’habiller/prendre un bain/peu importe quoi: “Mais papa, là je joue.”. Et effectivement: quel est l’enjeu? Qu’est-ce qui est le plus important? Son jeu ou ce que je “veux” lui faire faire? Elle prend aussi beaucoup plus d’assurance et d’autonomie dans ses jeux, ses déplacements, etc. C’est un grand bonheur de la voir évoluer ainsi, on pense que c’est vraiment notre accompagnement proximal qui porte ses fruits, et on a hâte de la voir encore s’épanouir ainsi.

En tant que parents au XXIème siècle, comment pouvons-nous créer une autre
masculinité/féminité et promouvoir l’adelphité dans nos rapports?

Je pense que la principale et première chose, (en tout cas au stade où j’en suis) c’est de s’informer et de se forger une large culture sur ces notions. Personnellement j’ai décidé de me “gaver” de podcasts sur les masculinités, le féminisme, et d’autres sujets sur lesquels il me reste encore beaucoup à apprendre mais que j’estime essentiels à une paternité consciente: pour faire très attention à ce que je transmets à ma fille, par mes actes, pensées, réflexions, consciemment ou inconsciemment… C’est en développant notre culture et notre prise de conscience sur ces sujets que ça rentre dans nos têtes, dans nos mœurs, dans nos rapports, et que chacun change d’angle petit à petit pour au final rectifier le tir tous ensemble. Quand on en est là dans notre démarche c’est qu’on est suffisamment éveillés et conscients pour aligner notre pensée et nos actes, semer des graines, etc.
Et puis, si on le sent et/ou qu’on a un talent particulier, on peut aussi passer à une diffusion plus proactive de cette information, par des dessins, des podcasts, des vidéos, des blogs… la palette est large!

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Comment fais-tu pour cultiver l’empathie et la patience indispensables pour une
parentalité respectueuse de l’enfant?

Alors j’ai la chance d’être super bien doté dans ces deux facultés: j’extériorise très peu mes émotions (même si je les ressens fort) mais je pense que j’ai une bonne prédisposition à les vivre à travers les autres: à les ressentir ou à les comprendre. Quand à la patience, c’est une de mes principales vertus (qui frise d’ailleurs l’immobilisme, parfois). Du coup, les deux seules choses qui peuvent m’amener à en manquer c’est: 1/ la fatigue, mais il m’en faut beaucoup beaucoup beaucoup;
2/ et de façon un peu plus prononcée: ne pas trouver une minute à moi dans une journée, sur plusieurs jours. Mais j’arrive quasiment toujours à trouver au moins une heure ou deux, pendant les siestes ou une fois qu’Alice est couchée.

La charge mentale au foyer, on en parle?

Oui, avec plaisir! Là encore: je suis loin d’être irréprochable, mais je me soigne.
Pour aller un peu plus loin, j’ai grandi élevé et entouré par des femmes au caractère bien affirmé, indépendantes, qui se considéraient féministes, et qui m’ont transmis leurs valeurs. Pour cette raison, et parce que dans mon contexte social je sortais un peu du lot à ce niveau-là, je me suis longtemps cru arrivé, alors qu’en réalité tellement pas! En gros ça se résumait à la répartition des tâches ménagères et à une conception d’un idéal de société égalitaire, mais il manquait vraiment pas mal.
Et, là encore, je dois l’essentiel de mes prises de conscience à ma dernière compagne: typiquement, avant il y a 4-5 ans je n’avais jamais entendu parler de charge mentale, ni évidemment commencé à prendre la mesure de ce que ça représentait. Du coup, j’ai une trentaine d’années de retard, et je me rends compte à quel point c’est pernicieux ce truc-là. Parce que, pour le partage équitable des tâches ménagères, même dans les cas où ça ne coule pas de soi pour l’un ou l’autre, ça peut se faire facilement: on s’accorde oralement sur la répartition/l’alternance, on fait un tableau, bref il me semble que c’est solvable aisément (encore qu’il faut voir à qui revient la charge mentale d’initier la discussion, de la proposition d’actions). Mais pour la charge mentale par contre, j’ai l’impression qu’il y a vraiment un truc -acquis mais- profondément ancré dans le port spontané de cette charge ou pas, dans le fait de prendre des initiatives et ses responsabilités pour tout ce qu’implique le fonctionnement d’un couple/foyer/famille/etc. J’ai clairement une très belle marge de progression encore, et pourtant j’ai déjà vécu seul dans ma vie d’adulte actif, donc j’ai forcément déjà assumé l’ensemble de la charge mentale afférente mais… Je sais pas: peut-être que cette gestion était plus en réaction qu’en anticipation, à l’arrache, et que je m’en foutais vu qu’il n’y avait que moi que ça impactait; peut-être aussi que quand on n’y a pas été sensibilisé plus tôt dans sa vie on a tendance à se laisser aller quand l’autre s’en charge pour deux… Donc Marion, merci de m’avoir ouvert les yeux là-dessus, merci pour tout ce que tu as assumé pour moi jusque-là, et désolé pour tout ce à côté de quoi je passe encore. Je me soigne, promis.

Quelle est ta façon de t’épanouir en tant que homme et papa?

Tiens ! C’est la première question qui me fait bizarre dans sa formulation. Au point que je ne suis même pas sûr de pouvoir y répondre. Mais je peux essayer de répondre à la question « quelle est ma façon de m’épanouir en tant que parent? » Je dirais qu’en ce qui me concerne ça repose sur 3 gros piliers :
– Le premier c’est de vivre, d’accepter, et de partager pleinement mes émotions et ressentis que j’ai pour et avec ma fille: c’est probablement la personne avec et pour qui je le fais le plus. Je ne sais pas à quoi c’est dû, mais c’est très naturel avec elle, et j’ai le sentiment que si elles étaient aussi peu extériorisées avec elle que dans ma vie de tous les jours j’aurais l’impression de passer à côté de quelque chose. Alors c’est triste quelque part, parce que (au moins) Marion mériterait autant d’égards, mais c’est quelque chose que je ne maîtrise pas, même si je pense par contre que ce sera amené à évoluer à l’avenir avec ma reconnexion à moi-même.
– Le deuxième c’est de partager mes passions avec elle : les sorties nature, les jeux, le sport bientôt… J’ai vraiment envie de lui transmettre ces choses-là parce que ce n’est pas seulement transmettre une passion, c’est partager un peu de moi-même, mon vécu, mon histoire…
– Le troisième: c’est du temps pour moi. Pas forcément besoin de beaucoup, mais à l’occasion d’une sieste ou après le coucher j’ai vraiment besoin de prendre du temps pour me consacrer à des trucs pour moi, plus ou moins constructifs selon l’énergie qui me reste à ce moment-là. Et les périodes les plus difficiles (et heureusement assez rares) sont toujours celles où ce temps-là se compte en minutes sur les derniers jours.
En fait, je n’arrive pas à voir en quoi être « homme et papa » entraînerait chez moi une façon ou des besoins spécifiques pour m’épanouir. Je pense que si j’étais femme et maman, ma réponse ne serait pas différente. C’est pour ça que je ne peux pas te répondre autre chose que ça!

Quelles sont tes activités de reconnexion en famille préférées?

C’est quelque chose qu’on pratiquait hélas très peu : on avait plus une stratégie de relais mutuel pour s’aménager chacun du temps tranquille ou de repos à soi (celui dont je parlais juste avant). Mais du coup, Alice étant encore assez petite, ces rares moments de reconnexion étaient assez simples : un bon repas tous les trois quand tout le monde était en forme, une sortie dans un parc ensemble en fin de journée, une après-midi avec des amis ou de la famille (nos sœurs, notamment), et sinon certaines vacances ou voyages, mais c’est beaucoup plus rare! Maintenant qu’on est séparés, ça prend beaucoup plus la forme de moments privilégiés “chacun de notre côté” avec Alice, en tête-à-tête, ou en compagnie de nos amis/familles respectives. C’est différent, mais ce sont aussi des moments de reconnexion, de partage, d’échange, autour d’elle et de notre vie de famille étendue.

Quelles sont tes sources d’inspiration?

Elles évoluent régulièrement ! En général ce sont des personnalités dont j’apprends l’existence et l’œuvre par le bouche à oreille. Je garde le nom dans un coin de ma tête ou noté quelque part puis un jour quand j’ai la disponibilité, je cherche un épisode de podcast ou une vidéo Youtube sur ou par la personne en question. Et puis à partir de là, si ça me plaît, ça vire à la mono maniaquerie: je regarde toutes les vidéos que je trouve, j’écoute tous les podcasts, je me renseigne sur le parcours de la personne, son histoire: pour moi c’est presque aussi important que l’œuvre elle-même. Puis quand j’estime que j’ai assez d’infos, ça se calme tout seul.

As-tu un livre/podcast préféré en ce moment?

Alors pour les podcasts j’ai trop peu de temps à y consacrer pour me maintenir à jour ou en découvrir des nouveaux depuis quelques temps. En fait, dans mes abonnements, j’ai des podcasts « légers », essentiellement humoristiques, pour accompagnement sonore dans les moments où je fais des tâches automatiques (cuisiner, ranger, ménage, conduire) et des podcasts plus sérieux, sur des sujets qui m’intéressent vraiment, pour lesquels j’ai besoin de presque autant de calme et de concentration que pour de la lecture par exemple… ça explique que j’avance lentement. Les derniers auxquels je me suis abonné sont ceux de Cédric avec son “Papatriarcat”, et « Mécréantes » de Léane Delanchy, mais même pour ces deux là j’ai des épisodes de retard! Dans le même genre je peux citer « Les couilles sur la table » de Victoire Tuaillon, une vraie référence pour moi, qui m’a ouvert et m’ouvre encore les yeux sur des tas de sujets, en lien avec les masculinités notamment. Et sinon, dans un registre différent, si vous êtes un tant soit peu intéressés par les sciences, je conseille vivement « Sur les épaules de Darwin » de Jean-Claude Ameisen, où se mêlent à merveille publications scientifiques récentes, poésie, culture… Pour les livres c’est un peu pareil : en général j’ai en parallèle des livres « loisir » et des livres plus sérieux. Pour le loisir je suis en train de relire les 10 tomes de la saga des Princes d’Ambre, de Roger Zelazny. Et pour le sérieux lisez « Les lois naturelles de l’enfant », une merveille de Céline Alvarez qui traite du fonctionnement de l’apprentissage et de l’acquisition des nouvelles compétences chez les enfants, et de comment modifier le système éducatif actuel pour les respecter; et « Jouer » d’André Stern, que je suis toujours en train de lire, qui traite de l’importance primordiale du jeu libre chez l’enfant.

Aurais-tu un petit mot à ajouter?

Jouez. Prenez soin de vous, de la planète, et de ceux qui y vivent. (Re)Lisez Cyrano de Bergerac. Et à toi, Merci, pour l’invitation!



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