Olga: pladoyer pour la sororité

Olga: pladoyer pour la sororité

La beauté est multiple, plurielle, infinie. Notre société composée d’individus dont les corps sont beaux et valeureux par leur différence, souffre d’un manque de confiance et d’acceptation de soi. Nous remettons notre corps entier en question: son poids, sa taille, sa pilosité, sa couleur etc. Adopter une attitude d’indulgence et d’acceptation envers soi-même est loin d’être facile, particulièrement pour les femmes dont l’apparence physique est sans cesse soumise au diktat des médias, de la mode et des industries multiples. Focaliser son attention sur la nécessité de changer notre société patriarcale et non notre apparence physique est crucial pour faire un premier pas vers le changement de paradigme. Je vous propose de découvrir le témoignage d’Olga, une artiviste saint-pétersbourgeoise aux doigts de fée qui a fait le choix de mettre la couture et la broderie au service de la bienveillance et de l’affirmation de soi via la « body-positive attitude ». Ses jolies créations s’adressent à tous.tes et aident les autres à affronter leurs peurs et la solitude mais aussi s’éveiller par l’art et apprendre à s’aimer, avant de pouvoir aimer le monde.

carte de visite zéro déchets écologique

Peux-tu te présenter?

Je m’appelle Olga et j’ai 40 ans. Cela fait 6 ans que je m’exerce à la couture de façon consciente. J’étais toujours passionnée par les activités manuelles et la diversité des matières utilisées pour mes créations. Faire de la peinture, sculpter avec de l’argile ou travailler avec le tissu est fascinant.

accepter son corps pleinement

Peux-tu nous parler de la naissance de ton projet Spysomnoy (*se traduit littéralement du russe comme « dors avec moi »)?

Tout ceci est le fruit d’un long cheminement personnel. Avant de comprendre de quoi j’étais réellement capable, il m’a fallu changer de métier plus d’une fois, divorcer, déménager dans une autre ville avec mes trois valises et mon chien sous la main, changer encore et encore d’appartements. Rongée par une solitude profonde, je croyais que toute cette course folle ne s’arrêtera jamais. J’ai donc commencé par coudre des amis. D’abord pour moi, ensuite pour des personnes de mon entourage. Je me promenais avec mes tissus, je prenais des photos un peu partout.  J’ai même présenté mes créations dans un concept store. Je me souviens qu’au tout début les histoires que racontaient mes créations ne plaisaient à personne. Mais elles me plaisaient à moi et c’est tout ce qui comptait réellement. Progressivement j’ai réussi à dégager de plus en plus du temps pour la couture. Ensuite, je me suis rendue compte que tout le monde avait besoin d’un ami.  J’avais envie de prendre le monde entier dans mes bras pour dire à tous ceux qui en avaient besoin « N’ayez pas peur ».

beauté féminine au naturel universelle et multiple

Quelles matières utilises-tu?

Je me souviens bien de mes premières créations pour lesquelles j’avais utilisé tout ce que je pouvais trouver: mes propres habits, des tissus chinés ou donnés par mes amis. Ensuite j’ai commencé à raconter comment mes créations étaient nées, comment ma chemise préférée s’était transformée en petite robe d’un renard fait entièrement par mes mains. Les gens autour de moi ont commencé à s’y intéresser. J’ai souvent reçu des tissus en cadeau, pour qu’ils aient une autre histoire, pour qu’ils puissent raconter une histoire. Je pense que les gens ont cru en moi car les histoires racontées par mes créations résonnaient fort en eux, c’était une sorte d’un amour véritable. Je n’ai jamais acheté mes tissus dans un magasin. Ils sont certes très beaux sur les étagères et dans les vitrines mais ils n’ont pas d’histoire. De plus je ne veux pas soutenir cette industrie immonde qui détruit notre planète. Pas plus que le marketing autour du fait main. En vérité on peut coudre avec absolument tout. Cela a transformé ma vie, j’ai arrêté les achats inutiles et compulsifs. On ne peut pas mener une double vie, parler de la consommation raisonnée, de la conscience écologique et continuer à consommer comme avant et entasser les objets chez soi.

créatrice engagée empowerment des femmes

Qu’est-ce qui t’inspire?

Je n’ai pas d’idée précise de ce que l’inspiration pourrait être. Je dirais tout simplement qu’il y a des projets, des idées, certains d’entre eux perdent de leur actualité, d’autres se réalisent, d’autres disparaissent.

créatrice engagée et artiviste qui évéille les consciences sur la body positive attitude

Quelle est ta journée type?

Je me réveille, je promène mon chien, je prends un café et je vais retrouver mes tissus. Je peux facilement passer des heures à chercher LA combinaison parfaite entre les nuances, les imprimés, à dessiner mes croquis, à coudre, à broder. J’écoute des livres audio et des films tout en travaillant.

coussin en forme de vulve cercle des femmes

Peux-tu nous raconter l’histoire de la création de ton coussin en forme de vulve?

Depuis que j’ai créé Spisomnoy j’ai fait des rencontres formidables. J’ai eue une chance énorme de tomber sur des personnes avec qui nous sommes sur la même longueur d’ondes. Un soir j’ai reçu un message tout simple et très court de Chris, une amie au Royaume-Uni qui me disait « Salut Olga, je veux une vulve. Je suis certaine que tu vas y arriver ». Je savais en effet que Chris a étudié la question des genres et tout particulièrement des femmes en Russie. Aujourd’hui dans son cabinet où les femmes viennent la consulter quotidiennement un coussin vulve serait un moyen de créer le lien et d’inviter au dialogue. J’ai du faire un travail de recherche assez minutieux afin de créer un objet réaliste et fidèle en terme des détails que je voulais représenter. Ce projet m’a fait comprendre que nous connaissons très mal notre propre corps! Ensuite j’ai longuement réfléchi avant de prendre la décision de montrer mon travail qui met le corps des femmes et la vulve à l’honneur sur les réseaux sociaux. C’était une sorte de libération pour moi, une façon de grandir. Je ne voulais plus simplement publier des images esthétiques et agréables à regarder, je voulais transmettre et faire véhiculer un message fort. C’était un élan de sororité, nos histoires des Femmes raisonnent tellement fort. Je n’ai pas besoin d’étaler mon propre vécu sur ma page Instagram, ni de raconter celui des autres. Nous avons toutes connues des hauts et des bas souvent semblables. Nous faisons des régimes, mettons des habits inconfortables, gardons le silence puisque la société le veut bien et nous impose une ligne de conduite et un certain rôle en rapport avec notre sexe. Un seul écart et nous y voilà, prisonnières d’un jugement, nous nous sentons incomplètes, différentes, anormales. C’est d’autant plus vrai pour les personnes de grande taille. Les femmes sont prêtes à faire des sacrifices absolument insensés poussées par le désir d’être reconnues et aimées, de fonder une famille et un foyer chaleureux.

un homme roux avec une barbe rousse et des tatouages sur son corps

Qu’est-ce que le fait d’être « body positive » représente pour toi?

L’attitude body positive c’est tout simplement ma façon de vivre. A un moment donné j’ai perdu l’envie et le besoin de faire des efforts inutiles. Ma taille, mon corps, mes pensées, ma vie toute entière m’appartiennent pleinement et me rendent heureuse. Tout cela a une importance bien plus grande à mes yeux que la vision du bonheur communément acceptée dans notre société.

éducation sexuelle et plaisir féminin au service de l'équité des sexes

Nous vivons à une époque marquée par l’industrialisation de la beauté, il nous est souvent  difficile de reconnaître notre  beauté unique, de nous sentir à l’aise dans nos corps et d’avoir une estime de soi solide. Selon toi, quel est le moyen pour y remédier?

C’est à nous d’être à l’origine de la décision de briser les chaînes des stéréotypes imposés et à vrai dire personne ne peut nous en empêcher. Je choisis moi-même mes centres d’intérêts, si j’ai envie de me mettre du rouge à lèvres ou de porter des talons, je décide de la longueur de mes cheveux ou encore de celle de ma jupe aussi bien que de la taille de mes sous-vêtements.  J’aurais aimé pouvoir vivre un jour dans une société dépourvue des stéréotypes. Mais je n’ai pas la science infuse concernant ta question. Certains diront que ma vie et mes choix ne sont pas acceptables, mais ce sera l’avis de ceux qui sont à la merci du jugement des autres. Moi, je continuerai tout simplement à coudre et à vivre la vie que j’ai toujours menée, celle qui me rapproche le plus de ma vision du Bonheur.

 

Merci à Olga pour ce joli témoignage et sa lutte optimiste, je vous invite de découvrir ses créations et son engagement via son compte Instagram @spisomnoy ainsi que sur sa page Etsy!

 



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