Charlotte: la douceur d’une parentalité simple

Je suis très fière et heureuse de vous présenter l’univers de Charlotte, fondatrice du blog Hello Maman et du magazine Libres qui fait partie de mes lectures favorites depuis sa création. Je vous invite à découvrir sa vision de la parentalité simple, bienveillante, tournée vers la nature et ancrée dans un mode de vie au ralenti et minimaliste. Ne souhaitant pas scolariser son fils Aurèle, Charlotte partage régulièrement ses réflexions sur son cheminement dans les apprentissages autonomes, aidés des outils de pédagogies alternatives, ainsi que des idées d’activités manuelles et créatives.

Peux-tu te présenter?

Je suis Charlotte, j’ai 35 ans, je suis la maman d’Aurèle, qui a 3 ans et demi. Nous vivons à Orléans, ma ville d’enfance, que j’avais quittée à 20 ans pour partir poursuivre mes études à Lille, puis j’ai habité 10 ans à Paris. Je suis orthophoniste de formation, spécialisée dans les troubles du développement de l’enfant (trisomie, maladies génétiques, autisme, polyhandicap) mais je n’exerce plus en cabinet depuis la naissance d’Aurèle. Je travaille maintenant à temps (très) partiel pour pouvoir consacrer le maximum de mon temps à mon fils, pour lequel nous avons fait le choix de l’instruction en famille. Je suis maintenant formatrice pour des professionnels du secteur du handicap. J’ai aussi d’autres projets en parallèle dans lesquels je m’épanouis particulièrement : un magazine en ligne que j’ai créé, un blog et un podcast, des coachings de parents, ainsi que d’autres idées en réflexion!

Comment tu t’es découvert la passion pour les modes de vie et de parentalité dits alternatifs/atypiques?

Je suis entrée dans ce monde par les pédagogies alternatives, pendant ma grossesse. D’abord Montessori, puis Waldorf, Mason, Reggio… L’ouverture de mon compte Instagram quand Aurèle avait un an, pour partager nos activités, a été progressivement l’occasion de rencontrer virtuellement de nombreuses familles sur le même cheminement, plus ou moins avancé. Mes lectures m’ont amenée sur la route de l’éducation bienveillante, de l’allaitement long, du portage, de la motricité libre. La réflexion vers l’instruction en famille a suivi, ainsi que le zéro déchet, le véganisme, le minimalisme… Je crois que quand on se remet en question sur notre mode de vie et de consommation, tout s’enchaîne, c’est comme un package ! Plus j’apprends, plus je remets en question chacun de mes actes et choix du quotidien, c’est véritablement passionnant. Et les réseaux sociaux, utilisés à bon escient, permettent des partages incroyables avec des personnes qui sont sur le même chemin. Je lis aussi énormément d’essais qui me permettent de voir les choses autrement sur le féminisme, l’écologie, le spécisme, ainsi que des ouvrages de développement personnel. J’essaie de tout remettre en question à chaque instant, de ne rien considérer comme figé, de ne pas me dire « je le fais car j’ai toujours fait comme ça et tout le monde fait ça », mais justement de me demander si on ne pourrait pas faire autrement et mieux.

maternage proximal petite enfance

Peux-tu nous parler un peu de ton approche d’unschooling et nous décrire ta journée type avec ton fils?

Aurèle est né en septembre 2015, nous commençons donc en septembre 2019 notre deuxième année d’instruction en famille. Mais en fait, je ne le vois pas du tout comme ça ! Je vois seulement nos journées comme une continuité de ce que nous faisons depuis sa naissance: aller à son rythme, découvrir ensemble, lire, faire la cuisine, sortir dans la nature, rencontrer des amis, jouer, jouer, jouer… Notre choix de l’instruction en famille s’est accompagné d’un choix de proposer à Aurèle d‘évoluer en unschooling, c’est à dire sans cours par correspondance, sans planning de travail, sans exercice formel que nous proposerions systématiquement. Nous partons du principe que nos apprentissages en tant qu’adultes se font à tout moment, parce que nous le désirons, et que c’est exactement la même chose pour les enfants. La curiosité et l’envie d’apprendre sont innées, et j’ai la certitude que le système scolaire actuel éteint cela. Donc le quotidien d’Aurèle est fait de la vie tout simplement. Il apprend partout, tout le temps!
Nous n’avons du coup pas vraiment de journée type, mais plutôt un rythme qui permet à Aurèle d’anticiper et de faire en sorte que nos journées soient fluides. Nous nous levons tranquillement vers 8h30-9h, nous déjeunons, nous préparons, sortons faire une course ou une promenade ou passons à la médiathèque, puis cuisinons, et déjeunons vers 12h30, un petit temps calme, et l’après midi c’est variable, nature, jeu, activités manuelles, parc, amis… Vers 18h, douche ou bain (ou rien !), préparation du dîner, jeux, rangement de la maison et coucher vers 21h-21h30. Je profite de son sommeil pour travailler un peu. Nous essayons de sortir et d’avoir un contact avec la nature tous les jours, ce qui est facilité par le fait que nous avons maintenant un jardin. Nous passons beaucoup de temps à jouer, à lire, à discuter. Il apprend sans s’en rendre compte de nouvelles notions et de nouveaux mots chaque jour, et je suis très heureuse d’en être la première spectatrice. Je m’émerveille tous les jours de son développement et de la beauté des apprentissages du petit humain!

En quelques mots, qu’est-ce que la parentalité bienveillante représente pour toi?

Elle implique surtout un grand respect de l’enfant et une compréhension de ses émotions, de ses besoins et de son fonctionnement en tant qu’être en construction. J’essaie, j’insiste sur le terme d’essayer car personne n’est parfait, de me connecter le plus possible à lui, pour le comprendre, savoir pourquoi certaines de ses réactions ne sont pas forcément celles que j’attendais, et l’accompagner dans la compréhension de ces réactions. Cette connexion est plus évidente quand mes besoins à moi sont comblés, en termes de sommeil, de calme, d’éveil intellectuel par exemple. Donc la parentalité emphatique, respectueuse et bienveillante est selon moi indissociable de temps pour moi, me ressourcer, dormir, lire, être au calme. Pour s’occuper des autres, il faut d’abord s’occuper de soi. Cette parentalité bienveillante est le socle de mes réflexions dans l’accompagnement de mon fils, et c’est ce qui a guidé mon choix de ne pas le scolariser. C’est cela aussi qui me porte au quotidien, qui me permet de voyager avec lui depuis sa naissance, de faire un road trip en van en Californie pendant 2 semaines, de partir en Martinique, en Suède, en Hollande, à la Réunion tous les 2, de faire tous ces choix un peu atypiques. Car le fait d’être ensemble est suffisant, et rien n’est insurmontable. La parentalité bienveillante, au delà d’éviter les VEO (*violences éducatives ordinaires), c’est aussi pour moi un éveil à la curiosité, un respect de sa personnalité en développement, et une grande admiration de ce qu’un enfant qui est le moins contraint possible peut devenir.

education alternative unschooling

Comment l’idée de créer Libres a-t-elle germé?

Au printemps 2018, j’ai eu l’idée d’un projet collaboratif. J’ai contacté des parents que je côtoie (encore une fois sur Instagram, mon réseau préféré!), pour leur faire part de mon idée de magazine saisonnier, ancré sur les thèmes de l’enfance libre, de la parentalité slow, connecté à la nature, du travail des mains, de consommation raisonnée, de découvertes, de voyages… et leur proposer de contribuer sous la forme d’articles complètement libres. Le premier numéro est sorti en automne 2018, et nous sortons donc le 5ème en septembre. Il s’agit d’un hors série écologie. Les contributeurs changent à chaque numéro, mais certains sont aussi des habitués. Nous avons à cœur de proposer une autre façon de voir les choses, de semer des graines, d’inspirer, de remettre en question, de montrer qu’autre chose est possible: une éducation différente, un mode de vie différente, une alimentation différente, une scolarisation non indispensable, une liberté possible.

Pourquoi ce nom?

Il m’est venu très naturellement, je voulais un titre court, et la liberté est vraiment ce qui incarne le mieux ma façon de voir la vie!

Le magazine suit le rythme des saisons, qu’est-ce qui a inspiré cette cadence-là?

Nous avons une forte connexion avec la nature, au travers d’articles sur les voyages, les activités en lien avec les trésors de la nature (marrons, bois, insectes, fleurs…), les DIY, les recettes végétales, et ce rythme s’est imposé de lui même. Par ailleurs je suis seule à gérer les contacts avec les contributeurs, la mise en page, la mise en ligne (mon frère a créé le site et intégré l’outil de vente), la communication, les partenariats, et je rédige souvent plusieurs articles par numéro, donc 3 mois sont un minimum entre 2 numéros ! Le magazine fait une cinquantaine de pages, sans publicité, avec des articles assez conséquents, c’est une réelle volonté pour pouvoir creuser les sujets.

Que penses-tu du pouvoir des minorités qui souhaitent faire émerger des nouveaux modèles à impact positif sur la société d’aujourd’hui?

Cela dépend des jours et de mon humeur! Certains jours, je suis colibri, « si chacun fait sa part, les choses vont avancer, je suis optimiste, je vois que certaines choses bougent », je suis positive, je sème mes graines, je fais de mon mieux.
Et d’autres jours, une mauvaise nouvelle, un comportement choquant (jeter un papier par terre, des propos sexistes, spécistes…) ou juste un coup de mou de ma part et je me demande ce que l’on va laisser à nos enfants. J’essaie de ne pas me faire contaminer par trop d’éco-anxiété, je fais mon chemin, je change ce que je peux à mon échelle, et j’essaie de voir les changements de comportements. Je crois au fait que l’éducation est un levier ultra puissant, et que les générations prochaines feront de mieux en mieux. C’est aussi la raison d’être du magazine, proposer une éducation différente, sortir du moule et changer le monde!

choix educatifs alternatifs

Faire des choix atypiques, surtout en matière de parentalité, implique très souvent le fait d’être regardé bizarrement, d’être jugés, d’avoir des confrontations au quotidien parfois (entourage, nounou, conjoint-e, la liste n’est pas exhaustive). Selon toi, quelle est la meilleure façon d’affronter cela?

J’ai commencé à faire des choix atypiques avant d’être maman, et j’ai donc commencé à développer des stratégies pour éviter que les critiques ne m’atteignent pas (trop). En quelques mots : c’est ma vie, donc ce sont mes choix, et personne ne peut faire de meilleurs choix que moi concernant ma vie. Si cela ne leur convient pas, ce n’est pas mon problème, mais le leur. Je suis très détachée, et aujourd’hui cela ne me touche pas. Mon entourage proche, c’est à dire mes parents et mes frères, acceptent, dans le sens où ils n’ont jamais fait de remarques. Il y a des questionnements bien sur, mais la confiance est là, et ils me connaissent ! Le papa d’Aurèle a suivi mes réflexions et questionnements, avec un petit décalage dans le temps, mais nous sommes en phase. Les autres personnes (par exemple mes stagiaires en formation, des personnes que nous sommes amenés à côtoyer comme des commerçants), se classent souvent en 2 catégories. Soit ils sont étonnés mais de façon positive, curieux, ouverts, demandent comment ça se passe, et dans ce cas on peut engager une conversation constructive. Soit ils sont dans le jugement, disent que ce n’est pas bien, que ce n’est pas bon pour mon fils ou des choses comme ça. Avec le temps je crois que je comprends ce qu’ils ressentent, car parfois quand on dit « je fais différemment de vous », les personnes entendent « vous faites mal ». Mais moi c’est le dernier de mes soucis. Ils ont le droit de ne pas être d’accord, je n’essaie pas de les convaincre, je leur dis que c’est comme ça que nous faisons et c’est tout. Je ne dis pas « ah bon ?  » ou je ne fais pas semblant d’écouter leurs arguments. J’ose dire « nous ne voyons pas les choses de la même façon, mais ce n’est pas grave ». Je ne suis pas responsable de ce que mon choix crée comme sentiment chez les autres. Ils sentent bien que je ne doute pas et que c’est un choix mûrement réfléchi. Et que je n’attends la validation de personne!

Un petit mot pour les parents qui souhaitent aller à contre-courant et voir leurs enfants grandir libres?

Entourez-vous de personnes qui font les mêmes choix que vous pour vous conforter. Si ce n’est pas possible dans votre entourage « réel », alors cherchez de l’entourage « virtuel », des forums, des groupes Facebook, des comptes Instagram… Réfléchissez à ce que vous souhaitez VOUS, n’oubliez pas que notre passage sur Terre est court, et occupez vous de vous, de votre vie, de vos enfants. N’attendez pas qu’ils aient 20 ans pour dire « j’aurais aimé faire l’IEF, j’aurais aimé ne pas écouter ma famille, j’aurais aimé faire autrement ». Le temps passe si vite, la vie c’est ici et maintenant. Je rencontre régulièrement des personnes qui sont admiratives de notre mode de vie, qui me disent « ah si j’avais pu je l’aurais fait », mais quand elles s’interrogent sur ce qui les en a réellement empêché, elles ne trouvent rien de concret. Du moins rien qui n’aurait pu être réfléchi autrement. Pensez à votre chemin, et sortez des sentiers battus!

Merci infiniment Charlotte pour ce moment de partage ultra enrichissant. N’hésitez pas à faire un tour sur sa page Instagram @hellomaman_ ou vous abonner à sa belle et douce Newsletter !

Crédit photos – douce et talenteuse Camille

2019-11-26T21:19:19+00:00 23. 9. 2019|Belles rencontres|0 Commentaire

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