Quand la honte doit changer de camp

Quand la honte doit changer de camp

 – « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant ». Simone de Beauvoir

Cette nausée inimitable des Césars 2020, cette hideuse cérémonie de la honte, ce crachat dans mon visage et celui de toutes celles qui ont été abusées, opprimées, battues, violées, brisées à vie…

Je me répète sans cesse que je ne dois pas sombrer dans la folie, que le monde change, que mes enfants ne connaîtront pas ce que j’ai vécu, que je les armerai contre le mal, contre l’adultisme, contre la violence, contre les manipulateurs qui jouent les victimes, contre l’oligarchie qui se cache derrière les apparences démocratiques.

Je me répète sans cesse que je ne confierai pas la chair de ma chair à l’éducation nationale dont le leader actuel trouve que la pédophilie est « un défaut », que l’instruction que nous assurerons à la maison est une arme douce, un moyen de résister, une façon de changer le monde.

Je me répète sans cesse que les femmes prennent leur courage à deux mains, commencent à s’écouter, à se confier, ne se taisent plus, que la sororité commence à s’emparer d’elles malgré toutes les divisions que le patriarcat continue à maintenir pour mieux régner.

Je me répète sans cesse que j’ai de la chance d’être encore en vie et d’être aimée, accompagnée et soutenue pour accepter et travailler sur mon propre vécu dont la mémoire post-traumatique m’est revenue comme un cadeau de la trentaine (Happy Birthday Kate!).

Je me répète sans cesse que je ne suis pas ce que j’ai vécu, que je ne suis pas une victime, que je suis une battante, une putain de guerrière qui survit au poison d’une génitrice pervers narcissique, au viol d’un médecin qui a abusé durant plusieurs mois d’une fille de 11 ans et qui n’ira jamais en prison,  au machisme ordinaire que j’ai connu ( à l’école, à l’université, au travail, dans les transports, dans la rue, au supermarché – seule, accompagnée, célibataire, en couple, mariée, enceinte, allaitante) – que j’ai combattu et que je combattrai toute ma vie.

Je me répète sans cesse que je ne me tairai plus, que je briserai le charme encore et encore, que je démasquerai chaque prédateur qui croisera ma route.

Je me répète sans cesse que la société et la Planète évoluent et survivent doucement mais sûrement, défigurées par le patriarcat et le capitalisme que nos enfants reçoivent en héritage.

Je me répète sans cesse que je fais partie du changement et que nous combattrons ensemble l’oppression dont souffrent les femmes depuis des générations.

Je me répète sans cesse que nous soufflerons sur les cendres de ce monde ancien, effacerons sa puanteur, épargnerons nos enfants de sa saleté et de sa folie.

Je me répète sans cesse que même dotées d’une paire d’ovaires nous ne sommes pas condamnées d’être éternellement à genoux, alors que nos agresseurs sont impunis, admirés, soutenus.

Je me répète sans cesse que nous briserons le silence et que la honte changera enfin de camp.

La nausée est toujours là, les larmes brûlent le visage, le malaise plane, la colère gronde.

Ouvrons la voix.

Ouvrons la voie.

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Crédit photos  –  Annie Spratt via Unsplash



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