Elodie: spiritualité douce, écoféminisme et histoires de plantes

Elodie: spiritualité douce, écoféminisme et histoires de plantes

Et si je vous proposais de rencontrer une sorcière moderne? Tout à fait, vous l’avez bien lu: une sorcière.

Aujourd’hui je suis très heureuse de vous présenter Elodie, une jeune expatriée française et autrice du blog féministe Roses and Witches.  Fascinée depuis toujours par les sorcières au fond du bois, les herbes qui guérissent et malgré son éducation catholique, Elodie s’est construit au fil des ans une spiritualité très inspirée de la sorcellerie des campagnes et des rites païens européens.

Je vous laisse découvrir son histoire et ses réflexions sur une spiritualité locale, déconstruite, dépoussiérée de sa couche de patriarcat – sans pour autant renier ses origines!

Bonne lecture.

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Élodie, j’ai 29 ans, et je suis une sorcière. Ma spiritualité est en grande partie inspirée par la nature, et j’ai une passion pour l’histoire et les traditions de nos régions, notamment pour les croyances païennes européennes et pour les plantes médicinales. Je suis originaire de Normandie, mais actuellement expatriée en Allemagne.

Quel est ton parcours ?

J’ai eu une éducation traditionnelle catholique, mais j’ai toujours eu un pied dans les deux mondes : tradition et magie. Les rebouteuses et vieilles dames aux jardins fournis d’herbes qui guérissent me fascinaient ! Et en grandissant, j’ai compris que je n’avais pas besoin d’attendre d’avoir des cheveux blancs pour le devenir.

J’ai appris beaucoup de choses en autodidacte : tirer les cartes, faire des rituels en fonction des saisons, utiliser les plantes…

En 2018, j’ai décidé de faire une formation pour apprendre à reconnaitre de plantes sauvages en nature (beaucoup se ressemblent tellement !), et ça m’a vraiment ouvert les yeux sur le fait que nous avons déjà tout ce qu’il nous faut dans nos jardins et nos forêts.

Quand as-tu commencé à t’intéresser aux rites païens européens ?

Je me suis toujours intéressée aux croyances celtiques, mais ce n’est que récemment que j’ai commencé à vraiment faire des recherches pour retrouver ces rites qui étaient pratiqués sur nos terres il y a 100 ans, 200 ans, 500 ans…

On parle beaucoup en ce moment de l’appropriation culturelle. Je pense sincèrement que l’une des raisons pour lesquelles beaucoup de personnes blanches adoptent si facilement les cultures d’autres parties du monde (notamment des populations autochtones) est qu’elles ne connaissent pas leurs propres cultures, ou pensent que le catholicisme a tout effacé sur son passage.

Avec ma modeste contribution, j’espère montrer aux gens la richesse de nos cultures et les encourager à faire leurs propres recherches, sur leurs ancêtres et les croyances présentes dans leurs histoires familiales.

Peux-tu nous parler de ton cheminement vers ta propre vision de la spiritualité?

J’ai eu de la chance de pouvoir commencer mon cheminement assez jeune, et faire mes propres expériences dans mon petit coin.

Je me rappelle encore à 18 ans acheter des bougies bon marché, du gros sel et des cartes à jouer, et commencer comme ça.

Grandir à la campagne m’a aussi offert un contact direct avec la terre, le cycle des saisons. La nature a vraiment une place bien spéciale dans ma pratique.

Malgré cela, j’ai longtemps hésité à parler de ma pratique autour de moi, car je ne la trouve pas si « instagrammable » que ça. Pourtant elle reste une partie de moi, qui reflète bien ma personnalité et me rend fière.

J’ai sauté le pas cet année et commencé à en parler ouvertement. Pour offrir un contre-pied, une voie à celles et ceux comme moi qui ont envie de simplicité dans leur spiritualité. On peut très bien avoir une pratique ultra simple, faites d’objets du quotidien et d’herbes du jardin, et se sentir sorcière.

L’écriture nous permet de combler le fossé générationnel, repousser la solitude, guérir nos maux par des mots. Comment renouer avec le conteur qui est en nous?

Vaste question ! Peut-être que l’on peut commencer par écrire pour soi, avant tout. Écrire les poèmes qu’on aurait aimé apprendre à l’école, les histoires qu’on aurait aimé lire. Écrire même si ce ne sont que quelques lignes de temps en temps dans un journal, du moment que cela nous fait du bien.

Je pars du principe qu’il n’y a pas d’histoires trop banales pour être contées. Et nous sommes dans une période si particulière et sans précédent que tout témoignage de notre époque sera une leçon pour les générations futures.

Aussi, il ne faut pas négliger le pouvoir thérapeutique de l’écriture : mettre son histoire sur le papier, c’est un moyen de la sortir de sa propre tête, et de pouvoir prendre du recul.

Sur le blog, tu abordes le sujet d’infertilité et le tabou qui existe autour de ce dernier dans notre société. Peux-tu nous en dire plus?

Comme un couple sur dix, mon mari et moi avons des soucis pour avoir notre premier enfant, nous portons ce rêve depuis 3 ans déjà. Je n’avais vraiment aucune idée que ce chiffre était si haut avant d’être personnellement touchée par ce problème.

C’est en évoluant dans la branche « féminin sacré » de la spiritualité que je me suis rendue compte qu’on parle beaucoup des histoires heureuses. Des femmes en accord avec leurs cycles et d’expériences spirituelles liées à la maternité. Et on laisse sur le côté les personnes qui ont un cycle cassé (comme moi), pas de cycle du tout, et/ou qui n’ont aucune intention d’avoir des enfants.

Donc j’ai décidé d’en parler publiquement sur mon blog et mon Instagram, en écrivant du contenu que j’aurais aimé lire il y a trois ans.

J’y parle de mon suivi médical, des atmosphères de salles attentes, des hauts et des bas, en toute transparence. Et j’espère que cela peut aussi interpeller les entourages, ces personnes qui ne pensent pas forcément que derrière la question innocente de « bah alors, c’est pour quand le bébé ? », il y a peut-être un couple qui voudrait mais qui ne peut pas. Ou alors un couple qui ne veut pas et qui a déjà trop entendu cette question.

Elodie_la_sorciere_des_jardins

Tu nous racontes ta journée type?

Ma journée type est vraiment remplie de petites choses banales, mais qui me font du bien. Tant que c’est possible, j’essaye de toujours commencer ma journée par l’écriture de mes rêves et aussi un moment de contemplation, pour ne pas plonger directement dans la course imposée par le télétravail qui rythme mes semaines depuis mars.

Tous les matins, je prends le temps d’observer ce qui se passe à l’intérieur (mes émotions, mes sujets de préoccupations du moment) comme ce qui se passe à l‘extérieur (la nature qui change). Je tire beaucoup de mon inspiration de ces petites choses.

Je n’ai pas encore la chance de vivre de mon écriture, donc ma journée est assez occupée avec mon travail “de jour” comme j’aime l’appeler. Mais j’ai la chance de pouvoir travailler de la maison, donc de pouvoir ponctuer mon temps de pauses pour l’écriture et mes recherches.

Quelle est ta façon de t’épanouir au quotidien ?

Je m’épanouis en m’imposant un rythme assez lent, ponctué de beaucoup de temps de repos. Ce n’est pas facile dans notre époque où la valeur d’une personne est jugée à sa productivité, mais si je m’impose une routine trop remplie, je finis par me déconnecter de moi-même et m’éteindre.

Pour bien fonctionner et être à même d’évoluer, mes clés sont : un long sommeil, beaucoup de lecture dans le calme, et du temps pour apprécier les choses simples.

Quelles sont tes activités de reconnexion préférées ?

Sans hésitation : le jardinage ! C’est très basique, mais le fait de mettre les mains dans la terre, planter, prendre soin, récolter est la plus belle activité pour moi pour me rappeler la lenteur des cycles, que chaque chose vient avec son temps.

Comme je vis en ville, j’aime aussi beaucoup m’en échapper pour me balader en forêt aux changements de saison, pour observer et essayer d’identifier les plantes sauvages, sentir les odeurs qui changent, et écouter tous les petits bruits du sous-bois.

D’où puises-tu ton inspiration?

Outre les petits moments de contemplation du quotidien dont je parlais plus tôt, je suis une dévoreuse de podcasts, de documentaires, de livres … beaucoup de choses sur l’ésotérisme mais pas que !

Je suis aussi passionnée de l’Histoire avec un grand H, mais aussi des histoires et j’aime beaucoup lire des romans autobiographiques et écouter des podcasts qui parlent de témoignages de personnes pas forcément célèbres mais qui ont des expériences à partager.

Quel est ton livre/blog/podcast préféré du moment ?

Mon dernier coup de cœur podcast, c’est “Bouffons” de Nouvelles Écoutes, une émission entièrement consacrée aux histoires ayant un rapport avec la nourriture.

Quand on s’intéresse aux rituels européens, on s’aperçoit très vite que beaucoup de choses tournent autour du vivre ensemble, et du partage d’un repas préparé avec les aliments de saison.

Nos habitudes alimentaires en disent beaucoup sur notre histoire. Et la cuisine est un peu mon antre de sorcière, j’y passe énormément de temps.

Aurais-tu un petit mot à ajouter ?

Un grand merci de m’avoir accordé cet espace ! J’espère que mon témoignage pourra peut-être parler des personnes qui ne se sentiraient pas “assez” : s’il vous plait, gardez toujours en tête que chaque vie est unique, et chaque histoire mérite d’être contée !



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